Jean-Paul Tarby, directeur de l’Alliance Française de Puebla, a été interviewé par Mme Elena Torralba Veiza, étudiante en Master Développement économique et coopération internationale à l’Université autonome de Puebla (BUAP), et stagiaire à la MUFRAMEX en juin 2022.

Dans le cadre de cet échange, Jean-Paul Tarby nous partage son parcours universitaire, sa carrière professionnelle et sa vision de la coopération internationale. 

 

  • Quel est votre parcours universitaire ?

Après avoir passé un baccalauréat en sciences économiques et sociales et intégré une classe préparatoire aux grandes écoles durant trois ans, j’ai suivi une licence de philosophie, un master et une formation doctorale en études ibériques et latino-américaines. Pour résumer, mon parcours académique est essentiellement en sciences humaines et sociales.

 

  • Quel est votre poste actuel ?

Le poste que j’occupe actuellement est celui de directeur général de l’Alliance Française de Puebla. Je suis fonctionnaire du ministère de l’éducation, détaché auprès du ministère français des affaires étrangères et membre de l’ambassade de France au Mexique, mis à disposition par le gouvernement français auprès de l’Alliance Française de Puebla afin de contribuer à la gestion du développement de cette institution.

 

  • Quel a été votre parcours professionnel jusque-là ?

Mon premier poste a été celui d’attaché de coopération à l’Institut français de Séville, en Espagne, à l’âge de 25 ans, pendant deux ans, puis je suis resté à Séville une autre année comme doctorant allocataire de recherche. L’année suivante, j’ai été envoyé dans la ville de Monterrey pour diriger l’Alliance française de Monterrey, puis à Montevideo, en Uruguay, pendant cinq ans, pour diriger l’Alliance Française de Montevideo et le réseau des Alliances françaises du pays. Après cela, j’ai dû rentrer en France car après deux contrats à l’étranger, il faut revenir, c’est la règle. Je suis donc rentré en France comme délégué académique aux relations internationales, européennes et de coopération à la direction régionale de l’éducation de ma région d’origine où j’ai occupé ce poste pendant près de treize ans, avant de passer à l’Université de Franche-Comté en tant que directeur adjoint à la direction des relations internationales et de la francophonie. A partir de 2018, j’ai souhaité un changement dans mon parcours professionnel et j’ai eu l’opportunité de retourner au Mexique, en qualité de directeur de l’Alliance Française de Puebla. Mon contrat de quatre ans au Mexique est sur le point de terminer et à partir de septembre, je serai au Guatemala en tant que directeur de l’Alliance Française dans la capitale et coordinateur régional du réseau des Alliances françaises d’Amérique centrale.

 

  • Comment percevez-vous la coopération bilatérale en matière d’éducation entre la France et le Mexique ?

Je pense que c’est une question très importante du fait que l’éducation est au cœur de toutes les politiques publiques. L’éducation est la matrice, tout comme la santé et la sécurité, et doit constituer la base de réflexion de toute action publique. Elle occupe une place légitime dans la coopération internationale car si nous voulons améliorer la situation au sein de notre pays, nous devons tenter d’améliorer ce qui détermine le succès des politiques publiques à long terme, en l’occurrence l’éducation. En ce sens, comparer ce que font les autres pays me semble essentiel. 

En Europe, il y a une tradition de comparaison des politiques éducatives relativement importante depuis une vingtaine d’années. A titre d’exemple, au Mexique, comme dans de nombreux autres pays, l’inadéquation entre la formation universitaire et l’accès à l’emploi constitue un défi. Autrement dit, beaucoup de détenteurs d’un diplôme universitaire n’obtiennent pas immédiatement un emploi qualifié à la hauteur de leurs connaissances et de leurs compétences. Il s’avère ainsi utile d’examiner ce que d’autres pays ont fait à cet égard afin de proposer des solutions.

La coopération entre le Mexique et la France dans le secteur de l’éducation me semble être un axe essentiel, cette coopération couvrant de nombreux niveaux et secteurs : la coopération linguistique, reposant sur la diffusion du français au Mexique; la coopération universitaire qui est fondamentale pour encourager la mobilité étudiante et l’échange de bonnes pratiques – citons par exemple la coopération entre les deux pays sur les méthodes d’évaluation des établissements d’enseignement supérieur, la promotion des doubles diplômes ainsi que des collaborations scientifiques. En France, le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres) est l’organisme chargé d’évaluer les formations offertes par les universités et ce qu’elles produisent en termes de qualité.

En définitive, la coopération dans le secteur de l’éducation me semble essentielle dans la mesure où l’éducation permet à un pays de progresser, d’atteindre certains niveaux de développement, de progrès et de bien-être, surtout dans des contextes de division entre éducation privilégiée, privatisée, et éducation publique. L’éducation est un droit humain fondamental qui soulève pourtant la problématique des inégalités d’accès du fait de facteurs sociologiques et socio-économiques plaçant certaines personnes dans des circuits privilégiés leur permettant d’accéder à la connaissance. Le grand défi est l’égalité des chances, et je crois qu’en favorisant la coopération entre les Etats, nous pouvons ajouter quelques petites pierres à l’édifice de ce défi de l’égalité des chances.