• Quel a été votre parcours ?

D’abord, j’ai été professeur d’anthropologie à l’Université de Rouen, puis élu Président de l’Université de Rouen en 2002, et je me suis rapidement orienté vers le développement des relations internationales pour mon université, bien que ce ne soit pas très couru à l’époque.

En 2007, après avoir occupé pendant cinq ans la fonction de Président, on m’a proposé de m’occuper des relations internationales à France Universités (ex Conférence des présidents d’universités). Ma première mission a consisté à accompagner une aide spécifique à la structure universitaire marocaine. Nous avons ainsi accompagné la création des 32 Écoles doctorales marocaines, création qui a marqué le début d’une coopération particulière entre la France et le Maroc sur les thématiques de l’université.

A partir de 2007, en dehors du Maroc, je me suis appliqué à développer les relations entre l’ensemble de la structure universitaire française et d’autres pays. J’ai notamment été en mission à Bruxelles pendant deux ans pour m’occuper de la problématique universitaire des relations entre la France et l’Europe, par le biais du Comité de Liaison des Organismes de Recherche universitaire français (le CLORA), qui rassemble tous les organismes de recherche français ainsi que France Universités, et qui s’occupe des relations entre les universités européennes dans leur ensemble et des relations entre les conférences des présidents des pays européens (la CPU Allemande, la Kraft polonaise, leurs équivalents italien, espagnol, etc.).

 

  • En quoi consiste votre fonction de conseiller aux relations internationales de France Universités ?

Ma fonction consiste à assister le Président de la Commission des Relations Internationales et Européennes (CORIE) et à le remplacer quand il ne peut participer à une réunion. Il y a plusieurs Commissions : une Commission de la recherche, une de la pédagogie, une du financement, une de la vie étudiante et une autre des relations internationales. La présidence de la CORIE est élue pour deux ans.

Ma mission consiste donc à faire en sorte que les Présidents qui font partie de cette Commission se retrouvent une fois par mois pour travailler sur des sujets spécifiques. Au sein de celle-ci, nous réfléchissons, par exemple, sur la reconnaissance des diplômes. Nous avons notamment signé un accord avec 26 pays dans le monde. Le dernier en date auquel j’ai participé était au Japon et visait à établir un protocole d’accords pour la reconnaissance des équivalences des diplômes.

En ce moment, la problématique ukrainienne et les relations que l’on peut avoir avec la Russie sont au cœur de notre travail, puisque tout est suspendu depuis le début des hostilités. Pendant la Covid-19, le gros problème a été de rapatrier tous les étudiants séjournant dans les différents pays du monde afin qu’ils puissent échapper à la pandémie, et de même pour les étudiants étrangers en France de façon à ce qu’ils puissent vivre dans des conditions correctes, être vaccinés, rentrer chez eux et éventuellement revenir.

La première thématique consiste donc à problématiser les différentes formes de mobilité. Actuellement, il y a environ 350 000 étudiants étrangers en France et à peu près 150 000 étudiants sortants. Ce sont donc des problématiques d’échanges de pays à pays, de ministères à ministères, de conférences à conférences.

Nous avons des zones prioritaires, d’abord les zones de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) et ensuite l’Amérique Latine et l’Amérique centrale, parce que l’on a des relations historiques avec la plupart de ces pays. Il s’agit de faire en sorte que les accords techniques et les liaisons qui existent entre les laboratoires des universités de ces différentes zones se développent. C’est le point principal de l’action de la CORIE.

 

  • Quelles sont les priorités dans la coopération scientifique et universitaire entre les universités françaises et les établissements d’enseignement supérieur mexicains ?

Il y a une vieille tradition de coopération dans le domaine des sciences humaines et sociales, surtout en archéologie, en particulier depuis Jacques Soustelle, qui était l’un des grands archéologues des civilisations aztèques et mayas. Il y a vraiment un historique des chercheurs des écoles françaises, qui se sont intitulées en priorité écoles de coopération pour la connaissance des civilisations aztèques et mayas. C’est le fond de la relation entre le Mexique et la France sur le plan des sciences humaines. Le Mexique répond à un grand nombre de demandes que la France peut avoir, notamment liée à cette fascination pour les cultures précolombiennes. Il y a toujours eu un sentiment particulier français pour le monde amérindien en général.

Sur le plan scientifique, il existe de nombreuses coopérations tant sur le plan des sciences fondamentales que sur le plan de la formation des ingénieurs, comme le montre l’existence de MEXFITEC, créé par Jacques Gelas. Cela concerne l’ensemble des sciences et techniques, qui va de la biologie à l’informatique, en passant par les mathématiques.

Enfin, il y a un lien affectif. Il y a toujours eu en France, depuis longtemps, un sentiment particulier pour le Mexique, sans doute lié à l’histoire de la Révolution française et à celle de la Révolution mexicaine, ainsi qu’aux concepts de liberté-égalité-fraternité que nous partageons avec les Mexicains. Entre l’esprit de la culture française et celui de la culture mexicaine, il y a un parallélisme très fort.

 

  • Selon vous, quelle est l’utilité de la coopération internationale ?

Je pense que dans le monde au sein duquel nous vivons, une université ne peut pas vivre sans un niveau de relations internationales important. On pense d’abord à la concurrence entre universités, notamment au classement de Shanghai. Le mot « international » peut se décliner de manière très différente. Est-ce simplement la mobilité étudiante à travers le monde ? Il y a six millions d’étudiants en mobilité dans le monde. C’est une population en croissance perpétuelle. Mais l’internationalisation, c’est surtout une internationalisation de la recherche. Aujourd’hui, la plupart des publications sont en accès ouvert. Le monde universitaire constitue en soi une entité dans laquelle les informations s’échangent plus ou moins rapidement, avec le thème de la concurrence comme base. Je pense notamment à la recherche. Nous ne pouvons pas fonctionner sans une forme d’internationalisation.

Donc, les priorités de la coopération internationale sont, premièrement, les mobilités et deuxièmement, la recherche. On sait bien que toutes les universités aujourd’hui dans le monde, qu’elles soient publiques ou privées, ont la même finalité, c’est-à-dire comment concilier la recherche et l’enseignement et comment faire en sorte que les étudiants trouvent du travail à la sortie. C’est la problématique de l’employabilité. Cela génère une autre question en miroir : l’université n’est-elle faite que pour former des étudiants à s’insérer dans le monde du travail ? Il y a des conceptions de modèles universitaires qui sont très différentes, certaines sont centrées sur la recherche, d’autres sur la professionnalisation.

Par exemple, à titre personnel, je suis pour une université publique, ouverte à tous, avec une sélection importante. Je suis pour la méritocratie et pour un niveau d’excellence aiguisé.

 

  • Quelles sont les principales évolutions concernant l’internationalisation des universités ?

Il y a 20 ans, lorsque j’étais Président, quand l’équivalent de l’époque du Hcéres [1] évaluait l’université, l’internationalisation était un volet peu important. Aujourd’hui, c’est un point essentiel. Vous évaluez une université en fonction de paramètres ou de critères que vous estimez être ceux qui vont permettre à cette université d’être comparée à d’autres universités dans le monde.

Dans l’internationalisation, il y a plusieurs niveaux : la mobilité des étudiants, la mobilité des enseignants-chercheurs, et surtout le taux de publication. C’est ce qui donne le niveau d’une école doctorale et d’une université. Prenez les universités les meilleures du monde, elles n’ont pas beaucoup d’étudiants. L’exemple de Stanford est intéressant puisque cette université, classée parmi les meilleures universités au monde, n’accepte que 20 000 étudiants.

 

[1] Le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres) est une autorité publique indépendante (API) française, chargée de l’évaluation de l’enseignement supérieur et de la recherche publique, créée par la loi relative à l’enseignement supérieur et à la recherche de 2013.